Récit d'un périple intra-personnel


Par Quentin Riollet – Application Mobile Vidéo : Momenzo



 
En Septembre 2016, je décolle pour la Nouvelle-Zélande à la découverte du monde et de moi-même. Facile à faire sur le papier mais finalement pas si évident que ça en pratique et peut-être pas à la portée de tout le monde certainement du fait que la volonté doit être moteur déterminant dans ce genre d'entreprise.
 
Mais la volonté initiale n’est pas suffisante pour mener à bien ce type de projet et j'en ai fait l'expérience. Je suis parti avec un ami qui me semblait prêt pour ce genre de périple, malheureusement c'était un peu trop pour lui. Mal du pays et sortie trop brusque de sa zone de confort, il n'aura tenu qu'une dizaine de jours.
 
Sortir de sa zone de confort et en assumer les conséquences, voilà la première étape nécessaire pour que ce voyage, cette découverte, puisse enfin commencer. Et en parlant de zone de confort, c’est certainement d’abord d’accepter d’être seul face à ses choix.
 
Certaines personnes, par leur caractère ou leur éducation, ont des facilités à s'ouvrir et aller facilement vers les autres et ce travail sur soi-même est moins important à réaliser que pour une personne plus réservée. Chacun aura donc plus ou moins de facilité à gérer cette partie cruciale.
 
L'ouverture d'esprit est également un pré requis essentiel qui permet de s'ouvrir aux autres et d’accéder à la finalité de s'ouvrir soi-même. Dans ce cadre, l'éducation est un excellent bagage pour réussir. Elle permet d'être mieux préparé à ce genre d'expérience, consciemment ou inconsciemment, et donc de pouvoir affronter certaines épreuves avec plus d'aisance.
 
Par exemple, durant mon périple j’ai rencontré de nombreux allemands très jeunes et j’ai découvert que l'expérience des voyages est ancrée dans la culture et l'éducation allemande depuis des décennies. Après le baccalauréat, les allemands ont en quelque sorte l'obligation de partir vivre à l'étranger durant 1 ou 2 ans, avant de reprendre leurs études. Alors qu'en France, comme point de comparaison, c'est au bon vouloir de chacun grâce aux PVT (Programme Vacances Travail) ou bien selon certains résultats scolaires ou écoles par le biais d'Erasmus. Quel dommage de brider ce genre d'expérience de vie et on comprend mieux pourquoi l’Allemagne et les allemands sont plus naturellement tournés à l’international.
 
L'argent et le travail sont également des points intéressants à aborder car les deux ont plutôt rythmé mon parcours.
 
Tout d'abord l'argent. Ce fut un choc à mon arrivée en Nouvelle Zélande. Je savais que la vie était plus chère qu'en Europe mais je n'avais pas imaginé à quel point. Et ce fut un second choc lors de mon passage de Nouvelle Zélande à l'Asie du Sud (Indonésie dans un premier temps puis Malaisie et Thaïlande). En effet, le taux de change entre le Dollar néo-zélandais et la roupie indonésienne était incroyable, et j'étais devenu multimillionnaire dans un pays où le coût de la vie était très faible. A ce moment là, j'ai réalisé la facilité et la qualité de vie que nous pouvions obtenir seulement grâce à une devise de forte valeur. La vie sur place était tellement peu chère que cela pouvait être traitre, il a donc fallu surveiller les dépenses car il me fallait tenir environ 2 mois sans revenus.
 
Venons-en au travail. J'ai travaillé régulièrement en Nouvelle Zélande, entre mes différents road trips. Le but de mon escapade était de faire le tour des deux Iles néo-zélandaises. C'est pourquoi j'ai opté pour des petits jobs que je trouvais le long de mon chemin, la plupart du temps via des agences d'intérim. J'ai été surpris de la facilité à trouver du travail, l'esprit étant très anglo-saxons, on vous laisse votre chance si vous faites preuve de détermination, quel que soit le domaine. J'ai donc été amené à travailler dans un verger, dans un atelier de montage de palettes de transport et sur des chantiers de construction plus ou moins gros.
 
Durant cette année de voyage, j'ai également découvert différentes cultures et modes de vie. En Nouvelle-Zélande, la population est très diversifiée et se compose principalement de kiwis (racine anglo-saxonne), de Maoris (racine polynésienne) et d'asiatiques (principalement chinois). C'est un vrai melting-pot. J'ai remarqué que les gens vivaient beaucoup en communauté, en partageant leurs logements, principalement en raison d’une mesure gouvernementale visant à faciliter l'obtention de la nationalité néo-zélandaise par le biais d'acquisitions territoriales. De ce fait, beaucoup de riches chinois viennent investir en Nouvelle-Zélande afin de pouvoir s'y installer et quitter le régime communiste de leur pays. Cela entraine malheureusement une augmentation démesurée des prix de l'immobilier et cela est assez contraignant pour les natifs car très peu d'entre eux ont le pouvoir d'achat nécessaire pour acheter un bien. C'est pour cela que la majorité des jeunes actifs vivent en collocation.
 
En Asie, le manque de moyen est un facteur de cette vie en communauté mais pas que, c'est aussi dans leur culture de vivre au maximum en famille en s'occupant des plus anciens. Cela est en particulier dû à leurs religions que sont l'hindouisme et le bouddhisme qui prônent la proximité entre les gens, les éléments, comme si tout était lié formant un tout. Du coup, la facilité des échanges et l'entraide est remarquable. Cela crée une réelle différence avec le mode de vie des sociétés occidentales où l'esprit est bien plus individualiste. Peut-être une réflexion à porter sur ce point pour améliorer le bien vivre ensemble.
 
La découverte n'est bien entendu pas qu'une expérience basée sur l'humain. C'est aussi une exploration globale, environnementale, culturelle et celle-ci est parsemée d'embuches. Comme évoqué précédemment, la fameuse zone de confort est la plus redoutable. Dans un premier temps, se retrouver à des milliers de kilomètres de chez soi, ses proches, n'est pas évident. Ensuite, il faut s'acclimater à l'environnement en se familiarisant à la langue locale, vivre en communauté (dans des auberges, en collocation ou chez des locaux), conduire différemment (conduite à gauche) ou bien faire face à certains préjugés et une certaine animosité (j'ai aussi rencontré des gens très communautaires qui ne comprenaient pas l'intérêt de voyager et me considéraient juste comme un étranger, alors que mon but n'était que de découvrir et partager). Et le meilleur moyen de faire face à toutes situations est de faire preuve d'adaptabilité.
 
La capacité d'adaptation est une chose essentielle à travailler et celle-ci est liée à un facteur prépondérant : la positivité. Faire preuve d'esprit positif donne pleinement la force d'aller au bout des choses. Sans ça, la volonté se perd et la force d'adaptation s'amoindrit. En fait, tout ceci nous amène à une seule et même chose, le développement de soi.
 
Et la positivité m’a été bien utile quand on se retrouve seul au bout du monde, sans trop de repères, avec une voiture et un budget restreint. Quelques situations concrètes : Faire 700 kms afin de rencontrer un employeur et me prendre un lapin au dernier moment ; Me retrouver à court d'argent après 2 mois de road trip, travailler dans un domaine inconnu (construction) et vivre pendant trois semaines sans confort (assumer une journée de travail éreintante puis s'organiser pour prendre une douche, faire à manger, la vaisselle et pour finir rentrer dormir sur le camp où il n'y a aucune commodités à 30mn du centre ville) ; Avoir un accident dans un pays étranger avec ma voiture avec une assurance locale alors que je suis sur le point de la vendre….

En conclusion
 
Vivre ce genre d'expérience est bénéfique en tout point. Faire preuve de positivité permet de nous adapter en toute circonstance et donc d'aller de l'avant. C'est assez valorisant et cela aide à prendre confiance en soi. Et lorsque l'on a vécu certaines situations, plus ou moins complexes, on peut faire un point, prendre du recul et de la hauteur, relativiser et voir les choses d'une nouvelle façon et obtenir une certaine ouverture d'esprit.
 
Aujourd'hui, je peux affirmer que je me considère comme citoyen du monde. En cela, je pense que nous devrions chercher à mieux comprendre, voire nous inspirer de certaines cultures où le partage et les échanges sont au centre du cadre de vie et j’ai pu constater qu’ainsi les relations et l’entraide se passent plus facilement, plus naturellement que dans d'autres sociétés (l'Europe en point de comparaison) où nous sommes trop centré sur nous même et individualiste.
 
Le développement de soi et l’ouverture aux autres et à leurs connaissances, permettraient certainement de réduire certains clivages qui nourrissent toutes les formes d’exclusion et de communautarisme et empêchent à terme le bon fonctionnement de la société. Je pense que le but de tout être humain devrait être simplement d’apprendre à s'améliorer tout au long de sa vie et ainsi intrinsèquement d'améliorer son environnement.
 
Enfin, j'aimerais conclure par un point concernant la mise en boites des personnes dans notre société. Trop souvent, la valorisation des capacités d'une personne est basée, dans 90% des cas, sur l’unique performance scolaire, donc les diplômes et son intelligence déterminée par le chiffre du QI.
 
Il serait important d'élargir ces critères normatifs et sélectifs pour toute personne ayant évolué dans différents environnements en développant sa capacité d'appréhension et de gestion des situations, aimant découvrir par une nature curieuse, ou étant caractérisé par une certaine force mentale.
 
La richesse et la valeur ajoutée de ce genre de profil n’est certainement pas à opposer au profil d'une personne hautement diplômée et dont la spécialisation est optimale dans un domaine donné. Elle est simplement différente et potentiellement complémentaire, grâce à des parcours différents. En résumé, dans un monde diversifié et toujours en mouvement il me semble maintenant indispensable de prendre en compte le parcours d’expériences de chacun pour construire la ou les sociétés de demain.

 

© Institut Présaje | Avril 2018 | Lettre Présaje N°33 - 2
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