« A force de parler des choses horribles, les choses horribles finissent par arriver », assure de sa voix brisée l’inoubliable Michel Simon dans Drôle de drame. L’inverse est également vrai. A force de parler des choses prometteuses, elles aussi finissent par arriver. La télémédecine, cette technique moderne qui permet de diagnostiquer une pathologie à distance et, dans les cas les plus délicats, d’opérer à distance avec le maximum de précision, fait partie de ces chances ouvertes par l’informatique et les réseaux. Encore faut-il l’utiliser dans un cadre légal et réglementaire parfaitement défini.
« En matière de télémédecine, on est en train de passer de l'expérimentation à un usage beaucoup plus large », estime, pour s’en féliciter, le Conseil national de l'Ordre des médecins. Cette approche bénéficiera notamment aux personnes âgées isolées. C’est particulièrement vrai dans les zones urbanisées. Contrairement à une idée reçue, fait observer Jacques Lucas, vice-président du Conseil de l’Ordre en charge des nouvelles technologies, les solidarités fonctionnent beaucoup moins bien à la ville qu'à la campagne. On a pu, hélas, s’en rendre compte lors de la dernière canicule, où la majorité des décès ont été enregistrés en ville, là où la solitude frappe.
Reste, évidemment, l’épineux problème de la responsabilité médicale. Prenons le cas d’un diagnostic partagé entre le médecin de proximité et le praticien à distance. Que se passera-t-il si l’un des deux se trompe sur le diagnostic, s’il évalue mal la nécessité d’une intervention urgente, avec le risque d’erreur fatale ? Qui est responsable, en dernière analyse ? Sur le plan financier comme au pénal, tout n’est pas encore totalement réglé. Il va de soi que des conventions devront être élaborées afin d'établir le partage des responsabilités, en évitant, le plus possible, les sujets de litiges. Faute de quoi, les prouesses de la télémédecine pourraient buter sur un obstacle inattendu : la judiciarisation. Le Conseil des ministres du 5 novembre 2008 semble avoir pris l’ensemble du sujet dans sa dimension. Il a annoncé, pour cette année, l’ouverture de plusieurs centres d’expertise en imagerie médicale, destinés à être opérationnels 24 heures sur 24. Il a ensuite assuré que, dès les prochains mois, les derniers freins juridiques au développement de la télémédecine, portant justement sur ces questions de responsabilité et de financement, seraient levés. Notamment au moyen de précisions réglementaires.
Chacun s’accorde à reconnaître que la recherche scientifique et les avancées médicales accélèrent la communication et améliorent grandement l’état sanitaire du pays. Une interprétation vétilleuse du droit, héritée du modèle anglo-saxon, jointe à la traditionnelle propension des Latins à rechercher des protections, ne doivent pas avoir raison du progrès.
Pour en savoir plus…
« Livre blanc sur la téléradiologie », publié en 2009 par Gixel et Lessis, disponible sur Internet à www.lessis.org/publications
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