MAI 2009 - N°6

FEU VERT
Irrésistible “open source” : le “libre” monte en puissance


Le combat de dix ans visant à casser Microsoft, aux Etats-Unis d'abord, en Europe ensuite, au nom de la nécessaire concurrence dans l'industrie du logiciel, est perdu. Seuls gagnants : les avocats des deux camps, bien sûr ! Mais cette apparente victoire de Bill Gates et de Steve Ballmer ne constitue, au mieux, qu'un trompe l'oeil provisoire. Car un danger autrement plus sérieux que les commissaires de Bruxelles guette Microsoft.

Un danger jusqu’alors inconnu. Ce n'est ni une nouvelle procédure judiciaire, ni son éternel rival Apple, ni même l'explosion d'internet et des moteurs de recherche. Non, ce risque mortel porte un nom rassurant, sympathique même : “open source”. En français, la “source ouverte”, appelée aussi “logiciel libre”, voire “informatique libre et gratuite”. Qui ne souscrirait à un tel programme ?

Le scénario est écrit d'avance, et il plait aux Européens. Surtout aux Français, sensibles au mythe du faible victorieux du fort. Microsoft est réduit au rôle du méchant.Les contestataires le décrivent comme impérialiste, coûteux et inefficace. En face, un quarteron de gentils étudiants échafaudant dans leur chambre un univers alternatif, uniquement à leurs heures perdues, et bien sûr gratuitement, pour le seul service virtuel de la collectivité humaine…

Vrai ou faux, ce schéma passe bien dans l'opinion. A Paris, à Munich et dans plusieurs grandes villes européennes, les édiles basculent discrètement sous Linux, l'environnement de travail “open source” par excellence. De plus en plus d'entreprises et de particuliers s'apprêtent à faire de même. Au sein de la fonction publique, beaucoup d'administrations fonctionnent déjà en double commande, organisant la coexistence pacifique des solutions libres et des logiciels Microsoft - pourtant éprouvés de longue date. On voit se banaliser, à la maison comme au bureau, une sorte de bilinguisme culturel de l’utilisateur professionnel, qui “parle” indifféremment Microsoft ou Linux

Fait inconcevable il y a encore quelques années, Linux gagne donc du terrain dans une indifférence quasi-générale. Et ça marche ! Le vieux rêve de la “prise universelle”, qui fait fantasmer ingénieurs et économistes depuis la première révolution industrielle, se réalise sous nos yeux. L'ordinateur d'aujourd'hui, fonctionnant indifféremment sous un mode ou sous un autre, n'est que la version à peine modernisée du pianocktail de Boris Vian, machine ludique à tout faire, tout inventer, sans effort ni contrainte.

Certes, le business model du logiciel libre est encore flou. Comment en serait-il autrement ? La vague progresse insensiblement, millimètre par millimètre. Mais pour Henri Chelli, un consultant spécialisé dans l'économie des systèmes d'information, la tendance est irréversible. “A mon avis, explique-t-il, la messe est dite. A plus ou moins brève échéance, le libre sera la solution standard, et le logiciel propriétaire l’exception.” Les citoyens français, eux, semblent pleinement se satisfaire de cette situation.

Pour en savoir plus...

Difficile d''y voir clair sur le phénomène “open source”, tant les points de vue idéologiques et subjectifs polluent les contributions des auteurs. Pour la compréhension de cette vague de fond, on renverra volontiers au Livre blanc de l'éditeur Smile, téléchargeable sur www.smile.fr La tonalité y est certes bienveillante, mais passionnante pour sa vision historique et économique. Lire également l’article de l’avocat Jean-Baptiste Soufron sur “L’émergence du modèle libre” dans la revue “Esprit” de mars-avril 2009.

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