JUIN 2009 - N°7

3 - La lutte des classes hier (les ouvriers). La lutte des classes aujourd’hui (les classes moyennes, les femmes, les jeunes, les chômeurs)

La lutte des classes, un « moment » plus qu’un « mouvement »

Cette thèse paradoxale doit composer avec le dogme de la lutte des classes. Les conquêtes du social sont généralement perçues comme autant de concessions du capitalisme. De la sorte, soutenir que le premier est l’allié du second est perçu comme une provocation.

D’autant que les luttes ont bien eu lieu, sanglantes tout au long du XIXe siècle. La Commune, ne l’oublions pas, c’est à peu près 20.000 morts, rien qu’à Paris. Ajoutons au reste qu’il n’est pas inexact de considérer ces conflits à l’aune de théories empruntées au modèle de la lutte des classes. Les études historiques montrent bien qu’il n’y a jamais eu de parfaite homogénéité des groupes en lutte les uns avec les autres. En revanche, la rhétorique de la lutte des classes a plutôt bien fonctionné dès lors que, plus ou moins lucides, les acteurs sociaux y ont souvent trouvé leurs marques. Pour bon nombre d’entre eux, capitalistes contre prolétaires, cela signifiait quelque chose.

Avec l’installation de la Troisième République et la légitimation du fait syndical, la lutte des classes se solde cependant par une sorte d’armistice. Non pas que les mouvements sociaux se tarissent, mais simplement que la perspective du « Grand Soir » s’éloigne. Pourquoi ? Parce qu’alors, les capitalistes mis en scène par les rhéteurs des mouvements ouvriers sont en fait moins des ploutocrates, facilement stigmatisés d’ailleurs par des discours aux accents antisémites, que des bourgeois, soucieux de démocratiser les solidarités de leur milieu. En un mot, le prolétaire croit affronter un capitaliste mais il fait face à un bourgeois.

Ce que ce dernier construit avec ses pairs, à savoir un échange policé tournant autour d’une propriété, en tout cas quelque chose d’objectif au regard desquels les parties ont des intérêts comparables, il le propose aux ouvriers en élaborant la conception de « l’entreprise institution ». Il s’agit de montrer que cette dernière est en fait la mise en forme et en acte d’un projet commun autour duquel sont associés des hommes, des salariés bien sûr, mais également des investisseurs. Au reste, on éloigne le plus souvent ces derniers pour mettre en avant la figure de l’entrepreneur aux commandes de l’institution. Les grandes fabriques d’automobiles ont longtemps constitué la référence implicite de ce modèle.

Personne ne sera jamais totalement convaincu de cette vision irénique des relations sociales. Il n’en reste pas moins que le modèle a fonctionné. Les « Renault », les « Peugeot », les « Michelin » étaient plutôt fiers de leur appartenance. Cela valait presque le statut de cheminot.

Xavier LAGARDE
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