JUIN 2009 - N°7

1 – « Capitalisme » et « Justice », deux mots antinomiques dans un pays qui diabolise le libéralisme.

Plaider la cause du capitalisme

Les économistes libéraux plaident cette cause en faisant valoir, chiffres à l’appui, d’une part, que le capitalisme crée de la richesse, d’autre part, que celle-ci profite malgré tout au plus grand nombre.

La tâche du juriste est un peu différente. Le droit n’est jamais qu’un idéal de justice en acte. Dit autrement, c’est la réalisation concrète de l’idée de justice. Défendre la cause du capitalisme oblige en conséquence à montrer que cette cause est juste. Compte tenu du contexte culturel français, marqué par une forte prévention à l’égard du capitalisme, la cause est loin d’être entendue.

Pourtant, il y a de sérieux arguments. Le capitalisme, c’est d’abord un état d’esprit que caractérise ce que l’on pourrait appeler « la volonté de croissance ». Il procède d’un individualisme positif en vertu duquel on souhaite à chacun qu’il puisse développer sur terre l’essentiel de ses virtualités. Au risque de la caricature, le capitaliste est celui qui répond à l’invitation de Spinoza de « persévérer dans son être ».

Du coup, il n’est pas interdit d’associer les termes de capitalisme et de liberté. Une société de capitalistes est une société en mouvement. Elle est le contraire d’une société traditionnelle – on pourrait dire aussi, mais avec des guillemets, d’une société bourgeoise –, au sein de laquelle l’ambition de chacun n’est jamais que de pérenniser les héritages. Elle donne à chacun la possibilité de construire son propre devenir. On peut considérer que ce n’est là que justice.

Ajoutons qu’une telle société, qui est de fait celle dans laquelle nous aspirons à vivre, est le produit d’une évolution parfaitement cohérente dont on trouve trace dans les transformations de notre système juridique. Au lendemain de la Révolution, les rédacteurs du « Code civil » fixent les principes d’une législation dont l’ambition est essentiellement de pacifier les rapports sociaux. L’objet du « Code Napoléon », comme on l’appelait à l’époque (1804), ce sont en premier lieu des relations définies de telle sorte que celles-ci soient équilibrées et paisibles. Le dispositif répond à une inspiration conservatrice. En même temps, et parce que les Lumières sont passées par là, les rédacteurs sont obligés de prendre appui sur des conceptions individualistes. Portalis, l’un des pères intellectuels du Code, écrira pour justifier son ½uvre que « dans la société, il n’y a que des individus ». L’idée est lâchée de sorte qu’au fil du temps, ces derniers cherchent à s’affranchir des liens définis par le Code pour obtenir une reconnaissance progressive de leurs aspirations. L’homme moderne, serait-on tenté d’écrire, c’est un peu « l’homme aux droits ».

Naturellement, cet homme-là n’est pas à l’abri de certaines dérives. Simplement, il est le produit (chrono)logique d’une volonté de rupture avec une tradition jugée injuste. Reconnaissons donc qu’il est juste de lui faire crédit et qu’il est somme toute assez inconséquent de faire en continu le procès du capitalisme. Car critiquer ce dernier, revient – selon cette tradition des Lumières – à se critiquer soi-même.

Xavier LAGARDE
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