On nous a appris, dès l’enfance, ce que signifiaient le pain et les jeux au temps de la Pax Romana du début du premier millénaire. Qu'en est-il au temps de la Pax Americana du début du troisième millénaire ?
La France est le pays où il est le plus intéressant d'étudier ce sujet. Chacun sait que, sauf à être atteint par la maladie ou la paresse, les 168 heures de la semaine se découpent pour une petite moitié entre ce qui se passe au lit et à table, le reste étant partagé entre l'activité lucrative, le pain gagné, la distraction ludique, les jeux, et l’enrichissement intellectuel, les arts.
Le grand basculement s'est produit lorsqu'il a été décidé que le temps réservé au travail serait à peine supérieur à 20% du total (35 h) et au tiers du temps non travaillé. Les jeux sont passés avant le pain, sans apporter beaucoup à la culture. Le pain étant réputé tomber de l'arbre de la Providence, droit dans le bec du RTTiste.
Comme toutes les bonnes intentions dont l'enfer est pavé, il est vite apparu que la décision avait oublié les réalités de l'avenir. Convaincus de l’éternité d’un modèle économique et social reposant sur la disposition de matières premières alimentaires et énergétiques bon marché, de la générosité d’une nature dont on maîtrisait ce qu’elle produisait par nos techniques, du retard irrattrapable des pays sous développés, nous n’avons pas vu venir le mauvais temps. Il est là.
Les aliments, les matières premières, seront de plus en plus coûteuses, pour longtemps ; la nature commence à mal supporter les hommes et leurs poisons ; quant aux ex-sous développés devenus émergents, nous devenons dépendants de l’argent qu’ils entassent à force de travail.
Une lueur vient tout à coup dans la montée des ténèbres. Les jeux, sous toutes leurs formes, envahissent le monde, partout, à chaque instant. Les peuples émergents vont y goûter, goulûment, dans le sport comme dans le poker, dans la finance comme dans le show business. Le Terrien moyen, scotché devant son écran (télé, ordinateur, cellular, made in China), va faire corps avec son fauteuil comme Diogène avec son tonneau.
Enfin le cauchemar s’éloigne du milliard de Stakhanovistes, inépuisables producteurs qui nous voleraient notre pain, et nous feraient perdre le goût du jeu. Donner le goût du jeu et des loisirs à tous ces affamés de puissance et de jouissance est un bienfait pour ceux qui, dans les pays immergents de l’Occident, commençaient à culpabiliser de leurs excès de loisirs. Au surplus, il est plus facile de donner le goût du jeu à ceux qui en ont envie que de redonner celui du travail à ceux qui l’ont perdu.
Faisons le v½u que les JO de Pékin soient une énorme réussite, une gigantesque fête, dont les lendemains changeront la face du monde.
Voila un bon « Présaje » !
|