Dans son évaluation globale de la performance des systèmes de santé, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a de longue date situé la France au 1er rang. Gardera-t-elle longtemps sa place ? Le déplacement de la production des richesses à l’échelon mondial et l’impossibilité de solder rapidement notre endettement menacent inexorablement la part importante de notre PIB (11,7 %) consacré à la santé.
Les données économiques sont incontournables, et pourtant… L’Italie et l’Espagne, 2ème et 7ème pour l’OMS, consacrent beaucoup moins à leurs dépenses de santé (9,5 % et 9,7 % de leur PIB, respectivement) ; l’Allemagne dépense autant que la France (11,4 %), mais n’est que 25ème. Et les États-Unis, champions du monde des dépenses (16,2 % du PIB) ne sont que… 37ème !
Ce classement est discutable, autant que peut l’être le rating des agences de notation financières. Mais il doit nous inciter à l’action. Car parallèlement, tout concourt à la croissance des dépenses : le développement des biothérapies, de la génomique et des biotechnologies, des techniques d’imagerie descriptive et interventionnelle, le vieillissement de la population, l’accroissement de la précarité sociale…
Professionnels de santé et citoyens sont fiers de cette médecine généreuse, dont la priorité et l’honneur sont pourtant de devenir plus sobre et responsable. Tout acte médical doit être décidé et conduit avec un souci de pertinence. Or il existe des disparités parfois incroyables entre territoires géographiquement ou socialement proches, sur les prescriptions d’examens biologiques, de médicaments ou de transports sanitaires, voire les interventions.
Depuis 2009, l’évaluation de la pertinence des soins s’est imposée comme une priorité pour l’Assurance Maladie, la Haute Autorité de Santé (HAS) et des Fédérations d’établissements de santé. De quoi s’agit-il ? Simultanément, assurer une plus juste prescription des soins, prévenir tous les actes inutiles et garantir la mise en ½uvre appropriée des actes recommandés et/ou nécessaires. Cette démarche, qui s’appuie sur les « faits prouvés », relève de l’éthique individuelle, qui impose d’offrir à chaque patient une prise en charge en rapport avec son état de santé. Elle répond aussi, dans un environnement économique contraint, à une exigence éthique collective et conditionne ainsi la pérennité de l’égalité d’accès aux soins.
Le caractère approprié des décisions des professionnels de santé est conditionné par le niveau initial et l’actualisation de leurs compétences. S’agissant des compétences collectives en établissement de santé, la HAS et d’autres agences étrangères ont rendu exigibles de nombreuses méthodes d’évaluation et d’amélioration tels que référentiels, audits, outils d’optimisation du parcours des patients et de prise de décision collective (réunions de concertation pluridisciplinaire). Les évaluations externes réalisées ont en effet prouvé l’efficacité. Mais la résistance d’une chaîne est aussi celle de son maillon le plus faible…
Contrairement à de nombreux pays, la France n’a pas encore développé de dispositif d’évaluation et d’actualisation des compétences individuelles des professionnels de santé. Un « Développement Professionnel Continu » devrait prochainement voir le jour. Souhaitons qu’il soit conçu pour ne pas faire long feu. L’évaluation des compétences des médecins devrait permettre de garantir leur qualification, autoriser leur exercice, et assurer la population que la compétence est entretenue et maintenue. Tôt ou tard, un dispositif régulé de « re-certification » sera confié aux différents collèges de spécialités médicales, sur la base de référentiels actualisés régulièrement. Les usagers l’exigeront, au nom de la pertinence et de l’accessibilité. Quant à la justice, elle finira bien par s’étonner plus systématiquement de pratiques médicales aussi peu pertinentes que la prescription d’un coupe faim en dehors de toute autorisation, ou la pose d’implants esthétiques étonnamment peu coûteux, mais… remplis de produits improbables.
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