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Le billet de PRESAJE du 15 janvier 2008 - CRISE BANCAIRE, par Michel ROUGER, président de l'institut PRESAJE, président honoraire du tribunal de commerce de Paris

Depuis que les banques se sont mises à tout faire partout dans le monde, leurs activités sont devenues trop complexes pour leurs clients. Pour y voir clair, il faut faire comme le général De Gaulle arrivant en Orient : avoir des idées simples.

Il en suffit d’une seule. La banque, comme la finance, est un métier de « nez ». La technique est secondaire. Elle fournit au banquier qui a le nez les moyens de tirer l’optimum de ses opérations, rien d’autre.

Dans une époque qui se méfie de tous les pouvoirs, sauf de ceux accordés aux saltimbanques, la principale activité humaine consiste à fabriquer des systèmes de substitution à l’individu. Dans la banque, ils ont été multipliés : règles comptables, ratios prudentiels, mécanismes sophistiqués de notation des risques, obligations de conformité…

On ne sait pas ce que la planète économique a évité grâce à ces systèmes. On sait à quoi elle n’a pas échappé, pour avoir trop négligé l’importance de l’intuition et de la réflexion des hommes.

Au niveau mondial la banque a connu deux types crises :
- une crise de surendettement des pays emprunteurs, ceux gérés par le FMI une fois leur faillite avérée ;
- une crise de survalorisation des titres ou des biens acquis à la Bourse et dans l’immobilier. Ce sont les bulles décrites par J.K Galbraith, dans un ouvrage aussi passionnant qu’inquiétant.

La spécificité de la crise bancaire actuelle tient à ce qu’elle conjugue surendettement - celui des emprunteurs auxquels on a accordé des crédits délirants -, avec survalorisation - celle des titres créés en y agglomérant ces crédits impayables.

Pourquoi la banque française paraît-elle relativement protégée ? Certes, les banquiers des grands réseaux ont appris à avoir du nez lors de la crise des années 90, mais ils ont aussi été servis par leur soumission à trois « a priori » non vérifiés :

- Le Français n’aime pas l’argent, encore moins son banquier. Archifaux. Comment peut-on penser que le peuple qui produit le plus d’épargne dans le monde n’aime pas l’argent, dans le pays où celui qui n’aime pas les riches adore le caviar ?

- Le Français n’aime pas perdre. Archifaux. Il suffit de voir la prospérité des jeux de toutes sortes, comme celle des casinos dans lesquels les retraités aux revenus modestes sont installés, en batterie, devant leurs machines à sous.

- Le Français méprise l’intérêt de son capital, comme le montre le symbolique Livret A, petit fils du 3 % perpétuel. Archifaux. Il suffit de constater comment les banques étrangères ont pris leurs parts de marchés, en affichant des rendements attractifs de l’argent collecté.
Ces trois « a priori » ont inspiré à la banque française des comportements de fourmi, utiles lorsque la bise fut venue. Peu engagée dans les risques liés à la recherche de gros rendements, elle va laisser les cigales chercher leur nourriture chez les fourmis du Moyen-Orient ou de l’Asie.

Conclusion : pourquoi n’existe-t-il pas une Ecole du Nez financier ? Parce que l’argent n’a pas d’odeur.

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